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Nombreuses violations des droits humains dans le plus grand parc forestier d'Afrique

mercredi 6 mars 2019

Une enquête de la Rainforest Foundation UK (RFUK) a révélé que les communautés riveraines du plus grand parc national d'Afrique centrale ont été victimes de meurtres, de viols collectifs et de tortures aux mains de gardes forestiers soutenus par un financement du Fonds mondial pour la nature (WWF) et de nombreux bailleurs internationaux.

Les enquêteurs de RFUK ont rassemblé des éléments de preuve attestant d’un grand nombre de violences physiques et sexuelles aux mains des éco-gardes du Parc National de la Salonga, un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en République démocratique du Congo (RDC). Parmi les incidents récents les plus graves, on compte deux cas de viol collectif, deux exécutions extrajudiciaires et de multiples récits de torture et autres formes de mauvais traitements.

Environ 700 communautés, représentant plusieurs centaines de milliers d'habitants, vivent autour du parc. La lutte contre le braconnage, dirigée par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), y est de plus en plus militarisée, avec une coopération croissante avec les Forces Armées de RDC (FARDC). WWF travaille dans la zone depuis 2004 et est en charge de la gestion du parc depuis 2015, bénéficiant du soutien financier de nombreuses organisations internationales dont la Commission Européenne.

De nombreuses communautés qui vivent aujourd’hui en bordure du parc ont été expulsées de force de leurs terres lors de la création du parc de la Salonga en 1970 et ont désormais interdiction d'accéder à leurs forêts ancestrales, dont elles dépendent pour leur survie. Ces communautés font état d’une malnutrition généralisée, qu’elles attribuent largement aux restrictions sur leurs activités traditionnelles de chasse et de pêche imposées par le parc national.

« Il est fréquent pour les femmes qui s'aventurent dans le parc d’être violées et pour les hommes d’être torturés ou extorqués », a déclaré un habitant de Bongila, un village aux abords du parc, à l'équipe de recherche de RFUK.

Les rapports d’atteintes aux droits humains autour de la Salonga ne sont que les derniers à avoir été documentés par RFUK, ainsi que plus récemment par le site d’information Buzzfeed, où ont été exposés les impacts des politiques de conservation « forteresse » dans le bassin du Congo.

« Ces rapport d’abus fournissent un aperçu du problème bien plus vaste des violations de droits humains dans et autour des aires protégées des forêts du bassin du Congo et d’autres régions du monde. Ces rapports doivent faire l’objet d’enquêtes, les responsables doivent être traduits en justice, et les victimes indemnisées. Les bailleurs de fonds internationaux doivent prendre des mesures rigoureuses pour s’assurer que de tels abus cessent et que les projets de conservation qu'ils financent ne causent pas de tort aux populations locales et rendre public les résultats de toute enquête sur les abus liés à la conservation », a déclaré Simon Counsell, Directeur Exécutif de RFUK.

«Les organisations de protection de la nature ont jusqu'à présent failli à leurs engagements en matière de respect des droits humains. La conservation doit mobiliser les communautés locales, et non les terroriser, si elle veut être efficace et durable », a conclu M. Counsell.

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