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Comment impliquer les femmes dans la gestion forestière : Leçons apprises en RDC

jeudi 2 novembre 2017

« Les femmes, et en particulier les femmes autochtones, doivent être incluses dans les prises de décision sur l’utilisation des écosystèmes à tous les niveaux, du fait du rôle essentiel qu’elles ont à jouer dans la préservation de notre planète. » –ONU Femmes

Ruth Badubaye travaille depuis plusieurs années avec des communautés vivant dans les forêts tropicales de la République démocratique du Congo (RDC). Auparavant technicienne SIG (Système d’Information Géographique) auprès de l’organisation congolaise GASHE (Groupe d’Action pour Sauver l’Homme et son Environnement), Ruth fait désormais partie de notre projet « Forêts communautaires » dans la province de l’Équateur en RDC. Membre d’une équipe d’animateurs communautaires spécialisé en droits, agronomie et sociologie présents sur le terrain, elle travaille directement avec les communautés locales pour les aider à gérer leurs forêts de façon durable.

Le cadre réglementaire autorisant les communautés locales à gérer leurs forêts de façon légale sont en place depuis moins de deux ans. Le travail de Ruth et ses collègues chez GASHE consiste à aider ces groupes à se familiariser avec la législation afin que ceux-ci mettent en place et gèrent leurs propres forêts communautaires officiellement reconnues. Cela implique un grand travail de sensibilisation dans plusieurs villages qui, ensemble, représentent une superficie de 110 000 hectares et près de 20 000 personnes.

L’un des aspects les plus importants du travail de Ruth consiste à s’assurer que les femmes de ces villages sont impliquées tout au long du projet. Les femmes étant souvent oubliées ou exclues des processus traditionnels de prise de décision, ce travail peut s’avérer difficile.

Claire Parfondry, Coordonnatrice du projet Forêts communautaires de la RFUK s’est récemment entretenue avec Ruth pour discuter de ses expériences sur le terrain avec les communautés des forêts tropicales.

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Ruth explique les lois sur la foresterie communautaire aux membres d'une communauté locale. Photo: GASHE

Ruth explique les lois sur la foresterie communautaire aux membres d’une communauté locale. Photo: GASHE

Claire (RFUK): Merci pour parler avec moi, Ruth. Est-ce que tu peux décrire un peu comment les communautés des sites pilotes ont déjà réagit au project de foresterie communautaire ?

Ruth (GASHE): La réaction des communautés – c’était un peu compliqué dans un premier temps… Il  y a une réserve à côté et des concessions forestières. Elles pensaient que nous venions dans ce sens la, elles pensait que c’était pour venir ravir leurs forêts, les transformer en parc ou exploitation industrielle. Mais après leur avoir expliqué, elles ont compris que c’était vraiment important, une opportunité pour qu’elles aient une concession gérée par elles-mêmes… À la fin, toutes les communautés ont fini par adhérer au processus.

Claire (RFUK): Comment était ton expérience avec les ‘focus groupes’ des femmes ?

Ruth (GASHE): Il y a des sites où elles étaient plus engagées que les hommes. Certaines femmes choisies comme relais étaient très présentes, très actives. Mais dans d’autres sites (ceux plus éloignés de Lukolela Cité), elles étaient pas vraiment active, plus fermées.

Dans les grandes réunions, les femmes ne se sentent pas libre, pas à l’aise de répondre aux questions, parce que leur beau-père ou gendre sont là – c’est lié à la culture… Mais après avoir échangé avec elles, elles s’exprimaient plus facilement, s’exprimaient sans tabou, elles sont mêmes allées plus loin pour parler de certaines questions intimes. Elles ont posé beaucoup de questions, , se sentaient vraiment concernées par cette activité.

Claire (RFUK): Est-ce que tu peux partager avec nous un exemple d’un membre d’une des sites pilotes que tu as rencontré pendant ce projet ?

Ruth mène un 'focus group' avec les femmes d'une communauté locale. Photo: GASHE

Ruth mène un ‘focus group’ avec les femmes d’une communauté locale. Photo: GASHE

Ruth (GASHE): L’une des femmes est présidente de l’une des associations dans l’un des villages. Elle a beaucoup d’idées qui, si elles sont mises en œuvre, pourraient vraiment les aider à aller de l’avant. Par exemple, elle veut avoir un grand champ commun pour y mettre différentes cultures, pour nous aider, une partie de cet argent pourra aller dans une caisse, et s’il y a un problème dans un des ménages, nous pouvons assister. Elle veut que ces activités unisse les femmes, créer des espaces pour parler de l’hygiène, de l’éducation, veiller à ce que leurs enfants grandissent en s’adonnant dans les études, encourager d’autres femmes qui pensent que les femmes ne sont faites que pour faire le ménage, concevoir, etc.

Dans un autre des sites, il y a une femme qui est enseignante, elle nous avait beaucoup surpris. Elle innovait elle-même – pendant les réunions, les ‘focus groups‘,  elle était très active, très sûre d’elle quand elle parle, elle appuie les activités. Vous sentez vraiment qu’elle veut que les choses changent. Par exemple, elle prenait vraiment les choses en main lorsque nous faisons des scénarios pendant la formation. Elle était tout le temps prête à intervenir, à poser des questions, à répondre aux questions. Elle a même organisé une réunion avec les femmes pour expliquer le processus, de sa propre initiative. Elle a encouragé ses sœurs et ses amies du village à participer.

Claire (RFUK): Pour toi personnellement, est-ce qu’il y a un chose en particulier que tu aimes beaucoup par rapport à ce projet ?

Ruth (GASHE): Oui, ce qui me plait, c’est le fait de « genrer » toutes les activités, l’approche participative où tout le monde dans la communauté doit participer… Cette approche me plait beaucoup. Le fait de « genrer » fait qu’il y aura une implication des femmes, elles sont au centre de la bonne marche de la famille, elle a un rôle important à jouer dans l’utilisation des ressources forestières…

Les femmes vont beaucoup plus souvent que les hommes dans la forêt. Tous les jours, elles sont obligées d’aller dans la forêt pour prendre du bois, de l’eau, du pundu pour faire la chikwangue (feuilles de manioc). Elles font ça tous les jours. Je les ai vraiment encouragées à participer, à les convaincre qu’elles ont une contribution à importer. Pendant la formation des relais communautaires, elles m’ont vraiment épaté.

**Pour en savoir plus à propos de notre projet de forêts communautaires, financé par le Département britannique pour le développement international (DfID), cliquez ici.

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